« Là où chantent les écrevisses » de Delia Owens

Delia Owens est née en 1949 en Géorgie aux Etats-Unis et a vécu de nombreuses années en Afrique. Ecrivaine et zoologiste, elle est diplômée de l’Université de Géorgie et a publié avec succès des ouvrages sur les animaux et la nature.

Là où chantent les écrevisses est son 1er roman publié aux Etats-Unis en 2018, traduit en français en 2020.

Une belle évocation de la nature et une rage de vivre

Ce roman est une découverte improbable : un titre pas vraiment attirant, une histoire qui se déroule dans un marais avec des habitants peu recommandables et pourtant ce roman fut réellement un bon moment de lecture.

Nous sommes aux Etats-Unis, dans l’Etat de Caroline du Nord, dans les années cinquante.

Delia Owens nous embarque à la rencontre de la famille Clark qui vit dans une cabane dans le marais, des déclassés de la vie. Nous allons surtout suivre la vie de la dernière des enfants, Kya de son nom complet Catherine, Danièle Clark ,  » la fille des marais ».

Cette petite fille vit seule dans sa cabane, après avoir été abandonnée par sa famille. Elle encaisse les chocs mais ne capitule pas. Kya déploie une rage de vivre dans son marais, qu’elle utilise comme une carapace protectrice.

Cette nature à laquelle Delia Owens rend hommage est plus charmante qu’il n’y paraît avec ses couleurs, ses lumières et ses oiseaux et leurs plumes que Kya collectionne… alors suivons-la :

« Un marais n’est pas un marécage. Le marais, c’est un espace de lumière, où l’herbe pousse dans l’eau, et l’eau se déverse dans le ciel, des ruisseaux paresseux charrient le disque du soleil jusqu’à la mer, et des échassiers s’en envolent avec une grâce inattendue… » écrit Delia Owens.

* Saurez-vous identifier l’oiseau à l’œil perçant photographié sur la couverture du livre ? Réponse à la fin de la chronique !

Deux histoires dans le même roman

Août 1952 : premier abandon

Kya voit Ma, sa mère, sortir de la maison avec sa grande valise de voyage bleue, chaussée de ses hauts talons, ses chaussures à bout carré en similicuir d’alligator. La petite fille pressent que ce départ sera long, très long.

Ma ne reviendra pas.

Quelques semaines plus tard, le frère aîné et les deux soeurs s’enfuiront aussi. Ils ne pourront plus supporter les colères de Pa, ce mari et ce père alcoolique qui cogne tout ce qu’il peut. Jodie, le dernier frère tente de résister mais finira par partir. Pa, le père disparaîtra aussi.

Kya se retrouve seule dans cette cabane, elle n’est qu’une petite fille de 10 ans.

Elle ne sait ni lire, ni écrire. Elle n’ira qu’une seule journée d’école, car elle sera moquée et subira les quolibets des autres élèves  » Mademoiselle Neandertal « ou « fille du marais ». Elle se cache des services sociaux.

Dans cette vie de combat, Kya fera de belles rencontres et partagera des moments de bonheur et de passion pour la nature avec Tate, son premier amour, un jeune garçon, lui aussi éprouvé par les épreuves de la séparation. Il est attentif, tendre et cultivé. Il va lui apprendre à lire, à écrire, à découvrir la science et la poésie.

Tate lui a parle du chant des écrevisses, Ma lui parlait aussi du chant des écrevisses. Alors, les paroles de sa mère lui reviennent quand celle-ci l’encourageait toujours à explorer le marais.

« Va aussi loin que tu peux. Tout là-bas, où on entend le chant des écrevisses ». « Ca veut dire aussi loin que tu peux dans la nature, là où les animaux sont encore sauvages, où ils se comportent comme de vrais animaux ». p.150/151

Avec son intelligence, sa débrouillardise et sa force de vie, Kya grandit et devient une femme et nous allons la suivre, souhaitant fort qu’elle réussisse, aussi incroyable que l’histoire puisse paraître.

Mais Tate part faire ses études à l’université, loin du marais et ne revient pas comme prévu le 4 juillet.

« Le 4 juillet, vêtue de sa robe d’été couleur pêche désormais trop courte. Kya marcha pieds nus jusqu’à la lagune et s’assit sur la souche de leurs séances de lecture….le lendemain matin, pestant contre les lambeaux de cet espoir cruel, elle retourna près de la lagune. Assise au bord de l’eau, elle tendit l’oreille pour capter le bruit d’un bateau descendant le chenal ou traversant les estuaires lointains. A midi, elle se releva et s’écria: » Tate, Tate, non, non! ». Puis elle tomba à genoux, le visage dans la boue. p.189.

Chagrin et déception: la solitude est si lourde mais une nouvelle fois, elle continue d’avancer … et rencontre Chase Andrews.

Chase Andrews est le fils du Directeur de la concession Western Auto, vedette de l’équipe de football américain au poste de quaterback, bel homme, séducteur et courtisé par les jeunes filles de la bonne société de Barkley Cove. Il joue de l’harmonica, il emmène Kya hors du marais, dans les montagnes, les grandes villes.

Elle rêve et commence à se remettre de la blessure profonde de sa relation amoureuse avec Tate.

Chase Andrews laisse espérer le mariage à Kya. C’est hélas peu réaliste car les diverses communautés se toisent et quand on vient du marais , il est difficile de fréquenter la communauté des blancs de Barkley Cove. Il épousera d’ailleurs la plus jolie fille de la ville.

0ctobre 1969 : Chase Andrews est retrouvé mort dans le marais au pied de la tour de guet

Le shérif ouvre une enquête car il pense plus à un meurtre qu’à un accident. En ville, on dit que Chase a eu une relation avec  » cette fille du marais ». Kya est accusée du meurtre: prison, procès et défilé des témoins à la barre, jusqu’au verdict que vous découvrirez à la fin du roman.

Delia Owens nous raconte le combat d’une jeune femme, plusieurs fois abandonnée par les siens , qui repousse toujours les affres de la solitude, dans une nature qu’elle connaît par coeur et qu’elle va immortaliser dans des livres récompensés par l’Université de Caroline du Nord à Chapel Hill, une belle reconnaissance.

Enfin la romancière nous livre une image d’un petit bout d’Amérique, Barkley Cove en Caroline du Nord dans les années cinquante-soixante : les diverses communautés se côtoient peu ou avec méfiance.

Très bonne lecture!

* L’oiseau de la couverture est le grand héron bleu décrit p. 121.

Catherine M.

Là ou chantent les écrevisses, Delia Owens, Seuil, 2020. 477 p.

Crédit photo : Electre.

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