Le port dans le pétrin #5

Un feuilleton policier humoristique, écologique et local, conçu et produit par l’atelier d’écriture de la Bibliothèque municipale animé par Jean-Yves Ruaux avec le concours de Patricia Barthélémy, Valérie Boulanger-Raichman, Anne et Laurent Champs-Massart.

Épisode 5
Le chameau mongol

Stupéfiant ! L’observateur discrètement posté un soir à Lanvallay, Quai du Tallard (on se demande d’ailleurs ce que ce quai fiche à Lanvallay et pas à Dinan, avec sa bande de joyeuses brasseries !) aurait pu formuler d’intéressantes remarques sur ce qui se passait à hauteur de mansardes, au 34, Rue du Quai, à Dinan !

Crédit photographique : Moore.

La nuit était tombée. L’observateur observait dans l’ombre propice que lui offrait par contraste le bar-lanterne magique de l’Hôtel du Jerzual.  L’observateur (mais était-ce bien un observateur ?) avait braqué ses jumelles infrarouge sur du bizarre. Dans l’appartement, sous le toit, des lucioles de conspirateurs allaient et venaient à une vitesse sidérante entre les gerbières ouvrant sur la Rance que le vent léger frisait d’une légère risée. Bref, il y avait de l’agitation et peut-être du désarroi chez les Massalle. Un désarroi que traduisait le mouvement frénétique des quinquets.
– Tu crois qu’on nous suspecte ?
– Tu veux des indices ?

Le jouet d’une mafia orientale

Allant et venant dans leur vaste bibliothèque, les deux écrivains-voyageurs voyageaient au gré des chandelles qu’ils promenaient sur l’émail de leur bougeoir-soucoupe tenu à deux doigts tout en réfléchissant dans l’obscurité, vu que l’action conjuguée du lave-linge et du lave-vaisselle avait fait sauter les plombs.

– Le Guennec ?
– Pas clair le gars. Tu savais qu’il fabriquait des maquettes de bateaux ?
– Je ne le vois pas flotter aussi bien que ses navires !
– Allons, c’est sur l’enquête qu’il flotte. Il n’a pas encore la moindre piste. Et on va en faire les frais.
– « Cadavre logé, coupable trouvé » !
– En effet, il n’ira pas plus loin. Je me demande qui nous aurions pu léser lors de l’escale de Séoul…
– Tu deviens parano, ma vieille !
– Non. Je suis certaine que nous sommes le jouet d’une mafia orientale sinon je ne vois pas pourquoi la fliquette aurait demandé si nous connaissions ce Kim Hong-Kang.
– Elle ne nous a pas gardés finalement !
– C’est une ruse. Elle n’avait rien de tangible sur nous. Mais si nous ne démêlons pas l’affaire, on va replonger au fond du pétrin.

Les Coréens  détestent les Sarrasins

Le couple avala vite fait un bibimpap, un énorme bol en terre noire de riz brûlant, garni d’une vingtaine de légumes odorants, de viandes, de fougères, de lamelles d’algues brillantes comme du mica.

– Excellent. Presque aussi bon que celui de Séoul, à NamDaeMun, la Grande Porte du Sud, 
– C’est justement le nom du restaurant où je l’ai commandé.
– Un restaurant coréen ? A Dinan !
– Tout à fait. Je l’ai découvert lundi. 17, rue de la Poissonnerie. A l’angle de la Lainerie. La plus vieille maison de Dinan. Autrefois, elle était le siège d’une congrégation de religieux qui rachetait les croisés prisonniers aux Sarrasins.

Crédit photographique : Moore.

– Ça ferait une bonne enseigne pour une crêperie.
– Les Coréens détestent les Sarrasins mais ils aiment les galettes de blé noir.
– Ça va pas plaire à Le Guennec !

Des oursins lui piquaient les cuisses

– Tu penses qu’il est raciste ?
– Pas vraiment. Sauf pour l’eau de Plancoët. Je l’ai entendu dire que sa transparence cachait un océan d’opacité.
– C’est lui qui a l’air glauque. Il était tout chose devant le cadavre de Marilou. Figé. Une sorte de rictus.
– Un tic. Ataxie. Tu l’as vu cavaler dans le Petit-Fort ?  Il marche tout le temps en crabe comme s’il avait des oursins qui lui piquaient les cuisses.
– Des oursins dans le Jerzual ! J’en veux, bien frais, avec juste un filet de citron.
– Arrête. La mort de Marilou lui a fait un choc. Un truc personnel. Mais, je ne sais pas si ça lui a plu ou si ça l’a rendu malheureux ?
– Les deux. Il était triste de ne plus pouvoir lui sauter dessus et comme tout vieux mâle, très content que personne ne puisse la prendre à sa suite.
– Étrange tout de même.
– Parfaitement étrange.
– On devrait faire part de nos soupçons à son adjointe.
– Surtout pas. Elle aussi, elle aura envie de nous mettre l’affaire sur le dos. Non. Rappelle-toi les flics d’Oulan-Bator. Ils voulaient nous coller le vol d’un chameau sur le dos alors que c’est le chef du Parti qui l’avait congelé en pièces détachées.
– C’est nous qu’on va retrouver en pièces détachées si nous n’agissons pas.
– Certes.
– Ce ne serait pas nouveau que l’enquêteur officiel soit aussi le criminel.
– Ça s’est déjà vu. Et pas que chez Agatha Christie !

Jean-Yves Ruaux

Pour suivre
Le port dans le pétrin
Épisode 6 – Une fontaine

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