Coup de cœur BD : « Les Indes Fourbes »

La perspective d’un album, fruit de la rencontre entre Juanjo Guarnido (Blacksad) et Alain Ayroles (De Cape et de crocs) ne pouvait que faire rêver.


Le résultat est absolument époustouflant et bien au-delà de mes espérances. Le scénario est brillant il regorge dintrigues et de rebondissements, chaque planche est un petit bijou. Je fais le pari qu’une fois que vous aurez commencé cet album vous ne pourrez plus le refermer avant de l’avoir terminé.

Fripouille sympathique, Don Pablos de Ségovie (le personnage de « El Buscón » de Francisco de Quevedo y Villegas paru en 1626) fait le récit de ses aventures picaresques dans cette Amérique qu’on appelait encore les Indes au siècle d’or. De l’ancien au Nouveau Monde, la fabuleuse épopée d’un vaurien en quête de fortune…

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« Là où chantent les écrevisses » de Delia Owens

Delia Owens est née en 1949 en Géorgie aux Etats-Unis et a vécu de nombreuses années en Afrique. Ecrivaine et zoologiste, elle est diplômée de l’Université de Géorgie et a publié avec succès des ouvrages sur les animaux et la nature.

Là où chantent les écrevisses est son 1er roman publié aux Etats-Unis en 2018, traduit en français en 2020.

Une belle évocation de la nature et une rage de vivre

Ce roman est une découverte improbable : un titre pas vraiment attirant, une histoire qui se déroule dans un marais avec des habitants peu recommandables et pourtant ce roman fut réellement un bon moment de lecture.

Nous sommes aux Etats-Unis, dans l’Etat de Caroline du Nord, dans les années cinquante.

Delia Owens nous embarque à la rencontre de la famille Clark qui vit dans une cabane dans le marais, des déclassés de la vie. Nous allons surtout suivre la vie de la dernière des enfants, Kya de son nom complet Catherine, Danièle Clark ,  » la fille des marais ».

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« I am, I am, I am : dix-sept rencontres avec la mort » de Maggie O’Farrell

Il s’agit de dix-sept tableaux vivants, indépendants les uns des autres, racontant une histoire à travers une partie du corps qui a failli entrainer la mort. Dix-sept petites descentes aux enfers, mais dix-sept retours à la vie.

L’accouchement du premier enfant qui devient une menace de mort pour la mère et l’enfant parce que l’obstétricien prend la mère pour une snob qui ne veut pas accoucher par les voix naturelles ; il lui refuse une césarienne.

Le couteau sous la gorge pour quelques billets.

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« Moi, ce que j’aime, c’est les monstres. Livre premier » d’Emil Ferris

Fin des années 60, Karen, 10 ans, habite un quartier chaud de Chicago, avec sa mère et son grand frère, dans un appartement en sous-sol.

            Un matin, Madame Anka, une voisine, meurt d’une balle dans le cœur. La thèse du suicide ne convainc absolument pas Karen, qui décide de mener l’enquête à la manière d’un privé.

            Elle plonge alors dans le passé sordide de la prostitution du Berlin des années 20 et au sort réservé aux prostituées par les nazis, dans les camps de concentration et l’esclavage sexuel.

            En parallèle de son enquête, Karen raconte sa mère, si merveilleuse, si perchée, si malade.

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« Venise à double tour » de Jean-Paul Kauffmann

Ou une réécriture de The Aspern Papers d’Henry James (nouvelle écrite en 1888).

C’est la première fois que je lis un livre de Jean-Paul Kauffmann même si son nom m’est familier depuis longtemps. Je passais très souvent par la gare de Corps-Nuds, où il a vécu pendant sa jeunesse (il évoque d’ailleurs son église dans son livre sur Venise) au milieu des années 80 : il faisait alors la une de l’actualité, en tant qu’otage au Liban pendant près de trois ans.

La richesse de ce livre en lien avec la grande culture de son auteur m’a conduite à choisir une entrée et la porte (pour rester dans la tonalité de ce livre) est une nouvelle d’Henry James, auteur que Jean-Paul Kaufmann cite dans son livre. Mais la réécriture se construit tout en oppositions.

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« Le premier homme » de Jacques Ferrandez, d’après l’oeuvre d’Albert Camus

Alors que l’épidémie et le confinement nous ont brutalement pris de court, nous sommes allés fouiner dans nos étagères pour lire ou re-lire quelques ouvrages. Et puis, nous avons cherché dans l’Histoire et la Littérature des idées pour nous aider à comprendre, passer le cap et nous divertir.

            Parmi toutes ces références historiques et littéraires, Albert Camus et son roman La Peste (publié en 1947) est revenu en boucle dans les médias. Ce roman, qui raconte une épidémie de peste à Oran dans les années 40, nous parle de la condition humaine, sujet de prédilection de l’auteur.

Camus mourra tragiquement dans un accident de voiture le 4 janvier 1960. Dans la voiture on trouvera le manuscrit inachevé du roman, Le premier homme. Sa femme, Francine Camus, s’emploiera à faire vivre le manuscrit qu’il envisageait de publier le moment choisi, comme un « Guerre et Paix » sur les Français d’Algérie, ce pays où il a grandi et qu’il a aimé. En 1994, le roman sera publié, 30 ans après sa mort. Un succès !

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« Des hommes couleur de ciel » de Anaïs Llobet

Drames humains : de la guerre à l’exil, une chance pour certains, pour d’autres une crispation qui les entraîne vers la radicalisation.

Ce roman tourne autour de trois personnages principaux : Alissa Zoubaïeva, professeur de russe et Oumar et Kirem Akhmaïev, deux frères tchétchènes. Oumar a été l’élève d’Alissa, il y a deux ans et Kirem l’est cette année, chacun a un lien à l’attentat terroriste qui met les Pays-Bas en état de choc.

2017, La Haye.

Un attentat terroriste a lieu dans un lycée. La bombe placée sous une table du réfectoire explose à l’heure du déjeuner, au moment où un grand nombre d’élèves s’y presse. On parle d’une vingtaine de morts, élèves et professeurs. Très vite, les autorités néerlandaises dirigent leur suspicion vers Kirem.

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« Le bal des folles » de Victoria Mas

Ce titre… Comment ne pas être intrigué… Quoi de plus glaçant qu’une femme folle ? Nous sommes à la fin du XIXe siècle. Le professeur Charcot, père de la neurologie clinique moderne, finit sa carrière sur une fausse note : l’exhibition de femmes hystériques, internées plus ou moins contre leur gré, pour d’odieuses « leçons publiques ».

À cette période, la vie des femmes, infantilisées de leur naissance à leur mort, dépend de l’autorité des hommes. Une période où une femme risque à tout moment de se faire interner d’office pour épilepsie, hystérie, chagrin incurable, lecture inappropriée… par un père, un mari, un fils… Peu importe si cette femme a été violée, battue, a perdu son enfant ou a développé un sens un peu trop critique. 

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« Miroir de nos peines » de Pierre Lemaitre

Il n’est nullement besoin de présenter Pierre Lemaitre. Il est non seulement auteur de romans noirs captivants comme Alex ou Sacrifices, mais il a également obtenu le prix Goncourt en 2013 pour Au revoir là-haut qui a été adapté au cinéma en 2017 par Albert Dupontel.

Au revoir là-haut est le premier volume d’une trilogie intitulée Les enfants du désastre, relatant la France de l’entre-deux-guerres. Il décrit la fin de la guerre 14-18 et l’immédiat après-guerre au travers de l’histoire d’Edouard et d’Albert, deux rescapés du conflit, et d’une série de personnages tous plus intéressants les uns que les autres ; et plus escrocs !

Le deuxième volet, Couleurs de l’incendie, paru en 2018, relate les années trente et les conséquences de la crise de 1929, vécue par Madeleine, la soeur d’Edouard.

Le troisième tome enfin Miroir de nos peines qui vient de paraître début janvier, nous plonge dans la débâcle de 1940. Nous nous retrouvons sur les routes avec ces Français fuyant l’avancée des troupes allemandes sous le mitraillage incessant et sans merci de leur aviation, et essayant de gagner la zone libre.

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« Black no more » de George S. Schuyler

« Ce livre est dédié à tous les Caucasiens de la grande République qui peuvent faire remonter leurs origines jusqu’à la dixième génération et affirmer sans ciller que leur arbre généalogique n’a pas la moindre branche, brindille ou feuille noire. » 

   Au début des années 1930, Max Disher, jeune Noir élégant vivant à Harlem, a ouïe dire qu’un ancien camarade de classe – devenu le Dr Julius Crookman – s’érige en créateur d’un processus révolutionnaire et unique en son genre permettant de changer la couleur de la peau. Dans une société où les Noirs sont méprisés, rejetés et considérés comme des sous-hommes, la nouvelle se répand comme une traînée de poudre et se transforme promptement en prophétie car, « le Noir n’avait que trois manières de traiter son problème avec l’Amérique. “Foutre le camp, devenir blanc ou serrer les dents.” » Les demandes dès lors affluent et Disher, en loup malin et arriviste, sera l’un des premiers à tenter cette expérience inédite et étrange qui lui offrira une nouvelle vie, de nouveaux horizons et la possibilité de se jouer de ses compatriotes blancs, mais qui apportera aussi son lot d’incertitudes, de doutes et de désenchantement…

« Malgré son bonheur, Max jugea le spectacle très ennuyeux. Ici la joie et l’abandon étaient forcés. Il lui semblait que les Noirs étaient plus gais et s’amusaient plus sincèrement tout en montrant plus de retenue. »

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« Eugenia » de Lionel Duroy

Roumanie 1935. Les parents d’ Eugenia possèdent un commerce de vin dans la rue la plus élégante de Jassy, deuxième ville du pays au nord est de Bucarest.

Depuis 1919, les juifs venus de Galicie, de Russie, de Hongrie, de Pologne sont officiellement roumains mais pour les habitants de Jassy ils ont « envahi la ville, dressé leurs synagogues, mis la main sur les commerces ». Soit très riches, soit pauvres ils vivent entre eux, s’habillent bizarrement et restent des étrangers.

La montée de l’antisémitisme se précipite au moment où la Roumanie fait le choix politique de se rapprocher de l’Allemagne d’ Hitler.

Eugenia, jeune étudiante à l’université en section littéraire, tombe amoureuse de Mihail Sebastian à l’occasion d’une conférence que celui-ci donne à la demande d’ Irena, son professeur de littérature pour laquelle Eugenia voue une grande admiration ; une femme ouverte, progressiste, indépendante.

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« Némésis » de Philip Roth

Un excellent livre que vous avez peut-être déjà lu. L’auteur annonçait, lors de sa sortie en 2010, qu’il s’agissait de son ultime roman.

Le récit se passe à New-York, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, pendant une épidémie de poliomyélite qui provoque des ravages au sein d’un quartier juif assez cossu. Hommes et femmes tombent dans une folie, l’hubris, cette raison démesurée, qu’ils croient être intelligence. Némésis devra châtier le héros en lui infligeant un surmoi tyrannique. A moins que rien ne soit totalement vrai, à part le hasard et l’absurdité de la condition humaine.

Outre l’écriture brillante, tout y est : la perplexité, la peur, la souffrance, la colère mais aussi l’hystérisation de la situation de crise sanitaire, l’ostracisme et l’individualisme toujours séduisants, le besoin compulsif de désigner des boucs émissaires, la volonté vaine de vouloir expliquer à tout prix l’épidémie, les comportements héroïques et antihéroïques en temps de crise, la désinformation qui détruit le tissu social lorsque les membres d’une communauté échafaudent des pseudo théories scientifiques pour endiguer l’épidémie, etc. Cette lecture est vraiment de nature à nourrir une réflexion sur les circonstances actuelles.

« Il n’avait pas prévu d’aller au cimetière. Après la synagogue, il avait le projet de rentrer aider sa grand-mère à finir les tâches domestiques du week-end. Mais il pénétra dans la voiture dont on lui tenait la portière ouverte et s’assit sur le siège arrière à côté d’une femme qui portait une voilette noire et s’éventait en agitant un mouchoir devant son visage poudré et strié de sueur. Assis à la place du chauffeur, il y avait un petit homme trapu en complet noir qui avait le nez cassé comme celui du grand-père de Mr Cantor, et peut-être pour la même raison : les anti-sémites.”

Franck M. et Francis C. (SAMB).

Némésis, Philip Roth, Gallimard, 2012, 225 p.

Crédit photo : Electre.

« L’extase du selfie : et autres gestes qui nous disent » de Philippe Delerm

Philippe Delerm nous emmène dans son dernier recueil de 47 nouvelles très contemporaines, paru en septembre 2019, dans des univers où gestes et attitudes parlent de nous-mêmes , de nos grandeurs, de nos faiblesses et de notre narcissisme ( d’où le titre) avec toujours humour et finesse.

Soyons le complice de Philippe Delerm dans ses escapades espiègles à observer les gens dans leur quotidien, dans des univers si différents, toujours étonnants et si justes, lorsqu’ils vapotent, acquiescent sans bien savoir à quoi, conduisent un caddie, pêchent à la ligne ou occupent votre place dans le train :

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« Le village évanoui » de Bernard Quiriny

Le village évanoui de Bernard Quiriny

Châtillon-en-Bierre, petit village de mille âmes, assiste au matin du 15 septembre 2012 à un phénomène pour le moins étrange, troublant et terriblement oppressant : il ne leur est tout bonnement plus possible de sortir de leur canton, captifs d’une frontière invisible, prisonniers d’une limite impalpable, comme engloutis par leur propre lieu de vie. Les voitures tombent en panne aux abords de cette mystérieuse démarcation, et les plus valeureux qui tentent de s’échapper à pied ou à vélo se voient vite déboutés de leurs efforts, les routes et autres chemins empruntés ne débouchant nulle part, comme étirés et étendus à l’infini. Les téléphones sont aux abonnés absents, internet ne répond plus, et nos infortunés châtillonnais, escortés par les habitants des petites bourgades alentours, sont désormais condamnés à vivre en vase clos, coupés du monde et privés de leurs repères. Phénomène divin ? Troisième Guerre mondiale ? Apocalypse sélective ? Intervention extraterrestre ? Suppositions et divagations vont bon train, mais il est surtout vital, au lendemain de ce coup de théâtre impromptu, de s’organiser et de parvenir à se suffire à soi-même ; nécessaire sera de mutualiser les efforts, les énergies et les ressources de chacun afin de ne pas sombrer dans le chaos. Seulement voilà, à situation rocambolesque et effrayante, réactions burlesques et délirantes.

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« Les mains du miracle » de Joseph Kessel

 Joseph Kessel, personnage bouillonnant et homme à multiples casquettes fut – et restera – l’un des plus grands noms de l’écriture française. Romancier, grand reporter, journaliste, co-auteur du fameux « Chant des partisans », cet homme engagé et solaire s’érige, entre autres, en père des incontournables et remarquables La Passante du Sans-Souci,Belle de jour,Le Tour du malheur ou encore Avec les Alcooliques Anonymes (enquête lumineuse et passionnante au cœur du réseau des AA dans les années soixante). Joseph Kessel, plume hors-norme et prolifique, plaçait autant de passion dans ses investigations que d’amour dans ses fictions et se révèle d’autant plus comme un conteur unique et fabuleux dès lors qu’il faut aborder un sujet qui se noie dans l’horreur. Parce que Joseph Kessel a le don de bombarder des mots pétris de beauté et d’une justesse incroyable, rebondissant dans l’esprit comme des millions de gouttes d’humanité aussi salvatrices que rédemptrices.

   Les mains du miracle c’est l’histoire vraie et (très) méconnue d’un médecin affable, rondouillard et bon vivant d’origine estonienne, qui expérimentera les affres et monstruosités de la guerre au plus près du mal. Car Felix Kersten a un don, celui de guérir grâce à ses mains. Il est, à Berlin, et suite à une formation en médecine tibétaine, devenu au fil du temps un spécialiste renommé et reconnu pour ses massages thérapeutiques. Des capacités extraordinaires qui l’amèneront en 1939 à rencontrer Heinrich Himmler, l’une des figures les plus marquantes de la Seconde Guerre mondiale, criminel aguerri, chef de la SS et l’un des instigateurs de la « Solution finale ». Car le Reichsführer, tout puissant qu’il ait pu être, cachait une faiblesse considérable et extrêmement handicapante : de terribles et lancinantes douleurs d’estomac.

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